Présentation

Le Réseau français sur l’entente de voix (REV France) s’inscrit dans le Mouvement international sur l’entente de voix qui est représenté par une vingtaine de réseaux nationaux de par le monde.

Notre objectif est de promouvoir une approche des voix et des autres perceptions, expériences ou vécus inhabituels, respectueuse des personnes et de leur expertise.

Nous considérons que le fait d’entendre des voix n’est pas, en soi, un symptôme de maladie mentale mais qu’il s’agit d’un phénomène porteur de sens pour les personnes concernées et que, pour ces raisons, il convient de prendre les voix en considération.

Pour ce faire, nous soutenons les initiatives locales destinées à sensibiliser les personnes à une approche ouverte des voix et à offrir aux entendeurs de voix des espaces d’expression où ils puissent parler de leurs expériences sans être jugés ni enfermés dans une identité de malades.

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Prochains évènements
En partenariat avec l’organisme de formation « Vivre ma vie », le REV France vous invite à un atelier-formation en ligne, sur 3 jours, autour du thème « À quoi (me) servent les médicaments psychiatriques ? Vivre ma vie au-delà de la peur de la rechute », les 13, 20 et 27 mars 2026. Du bricolage aux traitements psychiatriques…Vivre sa vie c’est souvent bricoler. Devenir patient psychiatrique, pourtant, c’est s’entendre dire que nos difficultés ne relèvent pas du bricolage mais de protocoles de soin à suivre sans capacité à agir au-delà de ce qui est prescrit. Et devenir soignant.e en psychiatrie c’est se laisser convaincre que l’on a très peu à apporter aux patients au-delà de « traitements » destinés à contenir les manifestations les plus embarrassantes de leurs « symptômes ». Patients et soignants en psychiatrie se retrouvent ainsi limités dans leurs capacités créatives par des peurs qui les poussent à se conformer. Et si l’on renouait avec le pouvoir créatif du bricolage dans nos vies ?Bricoler c’est créer. Créer c’est imaginer, inventer, expérimenter. Pour expérimenter, nous devons d’abord surmonter les peurs qui nous font nous conformer. Cette formation est avant tout une opportunité de questionner ce que nous croyons savoir des médicaments psychiatriques afin de re-découvrir des marges de manœuvre au-delà de nos peurs. Formateur.ices : Alex Kervran et Yann Derobert Public : ouvert à toute personne intéressée. Dans la limite d’une vingtaine de stagiaires. Tarifs : 400 Euros / 200 Euros / 100 Euros. FPC : 1200 Euros. Nous contacter pour toute difficulté. Informations et inscription : accueil @ vivremavie.fr / 06 42 72 66 19 Cliquer ici pour télécharger la plaquette détaillée de cet atelier-formation Cliquer ici pour télécharger la plaquette synthétique de cet atelier-formation Pour s’inscrire via la plateforme Helloasso, cliquer ici [...]
Que se passe-t-il lorsque nous agissons d’une manière qui paraît irrationnelle aux autres ? Comment sommes-nous considéré.e.s lorsque nous exprimons des émotions peut-être plus intenses que d’habitude ? Dans les deux cas, il est fort probable que nos relations seront mises à l’épreuve… voire mises à rude épreuve ! Pourtant, quand on y réfléchit un peu, cela paraît étrange. N’avons-nous pas le droit à ce que nos émotions soient prises en compte ? Et d’où vient l’idée aujourd’hui apparemment répandue qu’il conviendrait d’agir, en toutes circonstances, « rationnellement » (quoi que cela puisse vouloir dire) ? Sommes-nous, au quotidien, dans toutes nos activités, des acteur.ices rationnelles ? Et pourtant certain.e.s d’entre nous avons été catégorisé.e.s de telle façon que nos pensées, nos émotions et nos actions sont désormais passées au crible d’un regard scrutateur et suspicieux… C’est le cas notamment dans la grande famille d’expériences catégorisées de « paranoïa ». Avec ou sans diagnostic psychiatrique, ces réactions jugées excessives génèrent rejet et opprobre. Pourtant, elles s’enracinent toujours dans des vécus bien réels et qui informent une appréhension différente des relations et des situations sociales… moins consensuelle mais pas nécessairement moins réaliste voire même peut-être plus réaliste ! A l’occasion de la publication en français du livre coordonné par Peter Bullimore, Ian Warwick et Kenneth McLaughlin, je vous invite à une rencontre autour d’extraits des témoignages de ce livre et ce qu’ils m’ont enseigné et continuent de m’enseigner. Chemin faisant, je partagerai aussi avec vous des données étonnantes concernant les médicaments psychiatriques découvertes dans mon travail de traduction du livre de Joanna Moncrieff à ce sujet (et dont la publication est prévue au printemps !). Savez-vous pourquoi, par exemple, il est possible de dire, sans mentir, que les neuroleptiques réduisent la probabilité d’une rechute d’un trouble psychotique alors qu’en réalité ils l’augmentent ? Rendez-vous samedi 17 janvier à 15h à la Maison de la vie associative et citoyenne au 181 avenue Daumesnil à Paris pour un Forum exceptionnel autour des dernières publications des éditions Failles ! Il sera aussi possible de vous joindre au Forum en visio ou par téléphone à l’aide des paramètres de connexion ci-dessous : Participer à la réunion Zoomhttps://zoom.us/j/92380131958?pwd=gRQlmtZUPWORzziwHRqBkNmGIL3p88.1 ID de réunion: 923 8013 1958Code secret: 991087 Ou par téléphone : +33170950103ou +33170950350 [...]
Actualité
Questionnaire sur l’entente de voix
« Le Pr Marius Romme, Sandra Escher et Patsy Hage ont conçu un questionnaire permettant d’explorer son expérience avec une personne qui entend des voix. Ce questionnaire a été traduit en français, vous pouvez télécharger le questionnaire ICI. L’ouvrage qui l’accompagne, rédigé par Dirk Corstens, Marius Romme et Sandra Escher est en cours de ré-édition par PCCS Books et sera prochainement disponible (en anglais) sour le titre Makins Sense of Hearing Voices: A practical aid (date de parution prévue : 9 octobre 2025). Nous vous proposons ci-après des pistes pour l’utilisation en pratique du questionnaire de Maastricht. Nous sommes à votre disposition pour discuter de l’usage du questionnaire, n’hésitez pas à nous contacter ICI Le questionnaire de Maastricht explore l’expérience d’entente de voix à travers neuf dimensions : la nature de l’expérience, les caractéristiques des voix, l’anamnèse de l’expérience, ce qui déclenche les voix, ce que disent les voix, l’origine des voix, leur impact sur la vie de la personne, la relation aux voix et les stratégies de « coping ». Cette enquête est menée d’un point de vue « journalistique », sans préjugé du caractère réaliste ou rationnel des réponses formulées par la personne concernée. Romme et Escher insistent sur l’importance pour l’interviewer d’avoir la volonté d’accepter et de reconnaître l’expérience comme réelle et de se retenir d’interpréter les informations au moment de leur recueil. Chacune des dimensions explorées l’est de manière systématique et d’une façon qui sera utile pour la suite de la thérapie. Ainsi, par exemple, l’étude des stratégies de « coping » permet de se rendre compte si la personne évite à tout prix la prise en compte des voix ou si elle s’autorise déjà à considérer les messages dont elles sont potentiellement porteuses. De même, si la personne est consciente de facteurs déclenchant des voix, cela constituera un point de départ important pour commencer à acquérir un contrôle sur elles. A la fin du questionnaire, trois autres dimensions sont abordées qui entrent directement en résonance avec des éléments essentiels au processus de rétablissement, à savoir : les expériences vécues dans l’enfance (à la recherche de traumatismes auxquels il serait nécessaire de se confronter afin de se réapproprier son histoire) ; l’histoire du traitement (permettant d’envisager la façon dont l’expérience a été considérée, que ce soit pour la dénier, mettant la personne dans une posture passive de réception de soin axée sur une approche médicale univoque ou pour la prendre en compte, autorisant une démarche de soin active de rétablissement, à travers une diversité d’approches) ; et, enfin, le réseau social qui, nous l’avons vu, est au cœur du processus de rétablissement, l’individu se renforçant dans le regard des autres. Enfin, le questionnaire se termine par des invitations à aborder des thèmes qui ne l’auraient pas été et que la personne souhaiterait évoquer. A l’issue du recueil des informations, celles-ci sont restituées à la personne, sous la forme d’un rapport synthétique, structuré en fonction des dimensions explorées que nous venons de détailler. Romme et Escher conseillent d’utiliser les prénoms des personnes citées afin de ne pas introduire de distance. Thérapeute et client discutent ensuite le rapport afin de corriger d’éventuelles erreurs d’interprétation et d’ajouter des éléments omis. La discussion du rapport avec l’équipe de soin n’est possible que si cette dernière est ouverte à l’approche proposée. Enfin les éléments du rapport sont utilisés pour élaborer un « construct », permettant d’analyser la relation entre l’entente de voix et l’histoire de vie de la personne. L’objectif de ce travail d’élaboration est de répondre à deux questions : – qui les voix représentent-elles ?– quels problèmes les voix représentent-elles ? Romme et Escher soulignent la difficulté d’un tel travail : le thérapeute peut se sentir, au départ, plongé dans des profondeurs où il ne sait où regarder, incertain de ses conclusions. Ils conseillent de revenir aux mots mêmes utilisés par le client et de s’assurer de la cohérence des cinq principales dimensions du « construct » : identité des voix, caractéristiques (et contenu) des voix, histoire, déclencheurs (et impact), enfance et adolescence. Il convient également de se souvenir qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais « construct » mais qu’il existe un certain nombre d’alternatives également valables. L’important est que la personne puisse se réapproprier son histoire et trouver un sens à son expérience, la mettant en position de pouvoir agir sur sa relation aux voix plutôt que de la subir. » [...]
Des voix, le REV : un podcast pour découvrir et explorer le REV !
Des voix, le REV Déjà quinze ans que le REV fait partie du paysage de la santé mentale en France… mais toujours aussi frais et radicalement neuf ! Régulièrement simplifié en « réseau des entendeurs de voix », parfois caricaturé comme « antipsychiatrique », très souvent connu tout en étant méconnu, comment lui permettre de se laisser découvrir ? C’est l’aventure dans laquelle nous nous engageons avec ce podcast où se reflètent la pluralité de ses facettes et sa créativité toujours en mouvement ! Car le REV n’existe que par les personnes qui s’y rencontrent : leur diversité font sa richesse. Bienvenue dans notre podcast Des voix le REV ! Dévoile le REV Le REV a le vent en poupe ! L’univers du REV France acte 2 dévoilé à travers des interviews riches de sens, des témoignages authentiques / intimistes, des échanges ouverts et inspirants qui invitent à une pensée libre, originale, singulière sur la perception des phénomènes sensoriels inhabituels et non partagés. Entendre des voix, percevoir des goûts, des parfums, ressentir des sensations corporelles, avoir des pensées intrusives etc. autant d’expériences qui façonnent notre rapport à soi et au monde. Des voix le REV à l’image du REV France se définit par sa liberté de penser, de douter et de remettre en question le statut quo pour accueillir et accompagner toutes les expériences humaines. Conception et réalisation : Yann Derobert et Vanessa Evrard. Cliquer ici pour écouter le premier épisode : « C’est quoi le REV pour toi ? » [...]
Pair-aidance et yoga dans nos vies. Un dialogue en marge des pratiques psychiatriques contemporaines
Pair-aidance et yoga dans nos vies. Un dialogue en marge des pratiques psychiatriques contemporaines Camille Henry & Yann Derobert   Camille Bonjour Yann, merci vraiment de m’aider à accoucher de ce besoin d’écriture !   Yann Déjà c’est quoi ton projet ? Quel message tu as envie de faire passer ?   Camille A propos du partage expérientiel et de la pair-aidance… avoir un langage plus imagé, dynamique, raconter une petite histoire…avec…des mots personnels, moins scientifiques, plus appuyés sur les ressentis… et par là toucher du monde dans sa chair à lui, atteindre sa propre expérience.   Yann | OK. Et toi, ce serait… En sachant que c’est un public un peu généraliste, on va dire. Qu’est-ce que toi tu as envie de faire passer comme message auprès de ce public-là, concernant ce sujet ?   Camille | Ce qui me vient, peut-être parce que c’est toi, c’est que je fais un peu de yoga. J’en ai fait en atelier collectif une petite année avec un prof, mais j’en fais surtout toute seule maintenant presque quotidiennement. Toi tu connais bien, je crois que tu aimes beaucoup ça aussi depuis de nombreuses années… Un des messages c’est … Pour mon rétablissement, le yoga a pris une place importante. Comme toutes ces disciplines où se mêlent le corps, l’énergie, la respiration, le spirituel, qui permettent un grand ancrage et un lien justement entre tout ce qui est un peu tabou aujourd’hui dans le monde de la santé mentale pragmatique, cartésien, institutionnel. L’énergétique et le spirituel effraient. Et en même temps, de plus en plus piochent dedans, puisque la « mindfulness » (méditation pleine conscience), le yoga, sont proposés désormais aux patients de nombreux lieux de soins standards. En tant que pair-aidante, si on est sensible à ça, on peut proposer des choses qui s’y rapportent. Le soutien ne passe pas uniquement par le verbe, on l’exprime aussi dans son attitude non verbale et pourquoi pas aussi par le toucher. Je pense à des pratiques plus centrées sur la circulation du Chi comme diraient les orientaux… Je commence à faire ça aussi un petit peu quand j’en ressens la justesse. Et m’en sens légitime de par mon expérience et par les retours des personnes auxquelles j’ai proposé cette manière de communiquer, de se relever de leurs angoisses, de se remettre debout dans leur vie sans s’envoler… A travers mon vécu, j’ai senti qu’il y a des choses qui passent par l’invisible, et apprendre à communiquer avec, grâce à des pairs qui ont fait le chemin avant moi en restant, en étant ancré et non dévoré par le flux qu’on traverse. Le yoga est un moyen puissant pour ça, pour rester ancré, pour rester dans cette circulation et ne pas être un bouchon ou une éponge « dégorgeante», trop sale. J’ai également un autre message. Les yogistes aussi peuvent être concernés par la souffrance mentale aigüe. S’éveiller n’est pas un chemin simple, et il y en a qui ont des déboires, qui luttent pour y parvenir. Tout un chacun peut à un moment être débordé.   Yann | Ok. J’ai vu que tu situais la pair-aidance sous le prisme de l’histoire de la psychiatrie, etc…   Camille Effectivement je suis partie de ce particulier-là qui est le mien…   Yann | Je me suis demandé si ce n’était pas… Comment dire ? Quelque part, la question que je me pose, si tu veux, c’est qu’on est presque amené à justifier la pair-aidance par rapport à ce qui a été fait en psychiatrie, alors qu’on pourrait imaginer la pair-aidance justement sans égard pour ce qui a été fait en psychiatrie, c’est-à-dire qu’à la limite, je ne pense pas qu’on ait besoin de justifier la pair-aidance par rapport à la psychiatrie. Moi, j’ai l’impression qu’elle est « juste » d’emblée et que je trouverais ça intéressant de le mettre seulement dans un deuxième temps, en fait, aujourd’hui, quelles questions ça pose en psychiatrie ? En partant du fait que ça devrait être naturel.   Camille | C’est pas faux ! Je pars de là parce que j’ai l’habitude plutôt d’essayer de convaincre le monde de la psychiatrie qu’il y en a besoin. Et là c’est vrai qu’on sort de ce monde-là, donc autant en profiter effectivement pour dire que l’expérience propre, passer soi-même par des choses particulières, quelles qu’elles soient, peut être nécessaire pour accompagner d’autres personnes qui traversent des situations… ressentis… questionnements semblables. De puiser dans son vécu. C’est plus direct – mais parfois tout aussi long et au moins aussi douloureux ! – que d’apprendre des choses, de se casser la tête pendant des années sur les bancs de l’école, parce que c’est intéressant, ça fascine, c’est une vraie vocation, mais ce n’est pas le même trajet. Cela ne fait pas appel aux mêmes formes d’intelligence. Le savoir expérientiel est inscrit avant tout dans le cœur et les tripes, moins dans le mental. Il est complémentaire à ce savoir théorique accumulé avec les écrits savants de siècles en siècles et leurs méthodes réflexives…   Yann | Récemment, tu sais, j’ai fait des interviews avec des personnes LGBT qui avaient eu une formation de santé mentale. Et je leur demandais, à votre avis, qu’est-ce qu’une personne qui a des difficultés « psychiques » peut faire pour elle-même ? Et là, elles m’ont récité ce qu’elles avaient appris dans la formation. Et après, je leur dis, qu’est-ce que vous avez fait pour vous-même ? Et là, pouf, c’est des réponses complètement différentes. Tu vois peut-être qu’un point de départ ce serait toi, qu’est-ce qui t’a aidé, qu’est-ce qui t’aide ou qu’est-ce qui aurait pu t’aider ? C’est-à-dire de partir de toi dans ton parcours, ce qui t’a paru le plus utile en fait ou le plus précieux.   Camille | Oui, bien sûr. Alors je ne sais plus, je suis désolée, mais j’en ai parlé il me semble… J’ai dit que j’étais concernée. Moi, ce qui m’a le plus aidée, c’est ce rapport au corps que j’ai travaillé pendant de longues années… Cependant cela ne répond pas au pourquoi je fais de la pair-aidance… Parce qu’il y a deux choses différentes pour moi. Si je travaille en tant que pair-aidante professionnelle, c’est parce que, effectivement, j’aurais voulu, ça c’est une phrase un peu bateau, que j’ai beaucoup entendue, mais c’est que j’aurais voulu en rencontrer un.e plus tôt dans mon parcours en psychiatrie. Ça aurait certainement accéléré mon rétablissement. C’est une des raisons pour lesquelles j’en ai fait mon métier. Cela étant, ce qui m’a le plus aidée, ce sont globalement les rencontres-déclics. Quand je parle de « rencontres », ce ne sont pas forcément des rencontres humaines, ce sont des connexions. Un bouquin où il y a une phrase, une partie de l’histoire qui a fait miroir avec ce que j’ai vécu. Je pense notamment à Simone de Beauvoir, parce que quand j’ai lu ses « mémoires d’une jeune fille rangée », elle partageait qu’elle a eu une expérience mystique, extatique, contemplative avant de devenir ce qu’elle représente aujourd’hui. Georges Sand aussi… Donc même de grandes figures actives du féminisme, qui pour moi emblématisent des femmes libres, ayant un fort pouvoir d’agir, peuvent avoir eu des moments contrastés, des chemins contradictoires, des errances, des voies sans issue… On ne nait pas libre…il y a des choses qui se développent et c’est au fil de la vie qu’on a créée, qu’on renaît une deuxième fois. Et le rétablissement c’est peut-être ça, c’est juste renaître en fait. On naît une première fois dans une famille, dans un cocon, dans un truc plus ou moins douillet, on arrive sur Terre une fois et puis après… on naît à soi, et c’est tout ce parcours vers mon Soi que j’observe et que j’utilise dans mon travail de pair-aidante. Cette vision vient de Jung et j’en suis désormais consciente… J’y ai toujours été inconsciemment sensible, mais depuis peu, enfin depuis deux ans, je réalise me retrouver dans cette philosophie-là d’expérienceur, de mise en lumière de l’ombre, avec un respect pour que certaines choses restent dans le mystère. La vie est d’une complexité vaste et respecter le mystère qui en fait partie permet d’éviter de nombreux nœuds inutiles à mon corps cérébral. Et je n’écarte pas la pensée scientifique pour autant…, j’ai toujours voulu faire de la recherche et de l’innovation. Je me rappelle quand j’étais petite, je voulais être inventeuse, j’avais conçu un hamac à la « gogo gadget » pour ma Barbie où il y avait des poches où on pouvait mettre les bouquins et tout, on n’était plus obligé de se lever ! Je l’avais construit, j’avais fait une maquette…un plan en quelques pages… comment on le monte…. Ce n’était pas un truc révolutionnaire mais ça m’a passionnée pendant une dizaine de jours de vacances ! Quand j’explique un peu ce que je fais, je suis sans filtres en ce moment. Je n’arrive pas à mentir. Ma psychiatre actuelle me dit « mais vous êtes un cobaye » quand je lui explique que j’ai réduit mes médicaments, que c’était volontaire, médicalement assisté, elle ne semble pas y croire et parle de rupture de soins. Et moi, je n’arrive pas à m’empêcher de tenter de la convaincre… je tombe directement dans son panneau. J’ai beaucoup de mal à mentir…, ça se voit tout de suite ;voire ça peut me mettre psychiquement en danger… Il y en a qui y arrivent très bien et s’en sortent, mais moi je ne sais pas faire, je sais que je me grille. C’est comme ça que je peux devenir à moitié incontrôlable. Cela changera peut-être un jour mais j’en suis là… à lui répondre tout de go : « Je ne suis pas un cobaye, je suis plutôt dans la recherche, mais je teste sur moi ». Une vision anthropologique de la pair-aidance ; orientée recherche, et connaissance de soi.   Yann Comment tu caractériserais ces rencontres-là ? Qu’est-ce qui les rend particulières ? Qu’est-ce qui fait qu’elles ont de l’intérêt pour toi ?   Camille Tout d’abord, je m’en souviens encore de longues années après avec beaucoup d’émotions, mais ce n’est pas du traumatisme, c’est de la révélation. C’est comme une clé, un morceau de puzzle qui fait que je m’assemble de plus en plus et que je me construis. D’autre part, ces rencontres reflètent des parts de moi que je n’avais pas encore… acceptées ou découvertes, ou qui me faisaient peur et que j’évitais…   Yann | Tu aurais des exemples ?   Camille | Alors oui, le côté mystique m’importe beaucoup. C’était un des sujets de ma première crise, avec le côté artiste aussi. Et, bien plus récemment, avoir rencontré une femme pour qui le sport est vital, m’a reconnectée avec ma « sportive » qui est essentielle pour moi et que j’avais beaucoup laissée de côté depuis de nombreuses années… Voilà. J’ai une personnalité assez forte. Certes, élevée dans une famille très classiquement patriarcale du côté maternel sans vraiment le montrer mais… ça s’est transmis. Les filles, ma sœur et moi, n’ont pas eu les mêmes égards que nos frères, le même droit à la liberté d’agir. Et du coup, c’est cette lutte-là que je fais depuis toujours aussi, d’accepter qu’en étant femme, j’ai le droit d’avoir une forte personnalité et d’exister librement… Et d’ailleurs, c’est marrant parce que… enfin marrant n’est peut-être pas le bon terme. La vie, elle m’amène beaucoup de choses. Et pour ça, j’ai de la chance. Dans mes galères, je rencontre des fées et des farfadets. Par exemple, j’ai rencontré à l’hôpital une Gisèle (nom fictif). Une dame de 75 ans, prof de français à la retraite, avec qui je me suis liée d’amitié d’hospice. Elle m’a aidée après que je lui ai fait un petit massage du crâne, elle avait mal à la tête. Elle m’a donné un exemplaire d’une revue que sa fille, journaliste, a fait paraître il y a peu. Un journal féministe lyonnais qu’elle est en train de créer… Tu vois. C’est souvent comme ça, ma vie. J’ai de la chance, j’ai des étoiles qui arrivent…   Yann Moi, je me dis souvent qu’on en a toujours, mais on ne les voit pas tout le temps, en fait.   Camille Oui, tu as sans doute raison… et puis aussi des fois c’est tellement beau, que je n’arrive pas à y croire et ça ; c’est vraiment moi… là-dessus, j’arrive à être un peu plus apaisée qu’il y a vingt ans, où j’ai eu une forte crise de paranoïa de plusieurs mois qui a fait beaucoup de dégâts dans ma vie mais en même temps c’était que le chemin que je prenais devenait une impasse. Trop alambiqué, sinueux, complexe, je suis passée à autre chose, ça a été très difficile mais voilà. Je suis de moins en moins axée sur la paranoïa. Parce que tu vois ce côté « chercher le pourquoi du comment », en fait je m’en fous de plus en plus. C’est là, et puis c’est tout. C’est un message que j’essaye aussi de… un message, enfin une façon d’être, que dans la pair-aidance j’essaie de montrer. Montrer, parce que tout n’est pas partageable mais montrer justement à des personnes qui sont encore beaucoup impliquées dans ces raisonnements sans fin qui finalement font tourner leur petit vélo beaucoup trop vite et les perdent. Comme cela m’est arrivé, il n’y a pas longtemps encore d’ailleurs. Par excès de doutes. Il y a des expériences qui sont tellement fortes qu’on a du mal à y croire. C’est ça aussi. Quand on accumule trop de bonheur d’un coup, on le fuit, on se dit, mais je ne le mérite pas. Et on détruit. Malheureusement… par maltraitance avant tout envers son estime de soi. J’avance un peu avec ce séjour à l’hôpital, je reçois beaucoup de fleurs, enfin des compliments des autres patients, rencontrés à cette croisée de chemin, qui m’entraînent à continuer à m’accepter. Je ne suis pas encore libérée du regard de l’autre… du besoin d’être aimée.   Yann | Du coup, le yoga, comment tu détaillerais ce que ça t’apporte si tu devais l’expliciter ?   Camille | Je pratique seulement depuis trois ans. Déjà le travail sur la respiration importe beaucoup en yoga. Découvrir le plaisir personnel d’une belle respiration lente et profonde. Si vous faites juste les mouvements sans la travailler, ça devient de la gymnastique et n’a pas du tout les mêmes impacts. C’est cette respiration qui est finalement la plus importante. Je pratique plutôt un yoga dynamique, le vinyasa, où on peut se perdre justement et confondre avec un truc un peu plus gym tonique etc… Il y a également certaines postures qui me font juste du bien en fait, en tant que telles. Basiquement, un chien tête en bas, mais aussi Shirsasana que je pratique quasi quotidiennement, dans ma séance journalière d’un petit quart d’heure … Salutations au soleil, Shirsasana, et Bakasana. Toutes les postures d’équilibre me font du bien, quand j’arrive à les faire. Et cela me permet aussi de jauger mon état d’ancrage et de sérénité, parce que, par exemple, Shirsasana, si je ne suis pas centrée et sereine, je n’y arrive pas bien, je peux me faire mal. C’est également une bonne façon pour contrer les effets secondaires de certains médicaments psychotropes. Je pense à la perte de tonicité. Je me réjouis, car avec ces quelques efforts non dénués d’attraits, j’arrive à rester dans la concentration, dans la conscience. J’apprécie particulièrement la conscience du corps que cette discipline m’apporte. Le respect révélé qu’on doit à notre véhicule unique sur cette Terre… Par la suite, j’ai découvert une autre pratique qui n’est pas le yoga, je ne vais pas trop en parler là, mais en tout cas, elle me fait également beaucoup avancer. La démarche est inverse à celle du yoga qui est une recherche volontaire de la posture juste… Je me sers de mouvements involontaires du système parasympathique, dans un état de conscience légèrement modifié par une certain façon d’expirer. Cela s’approche de la transe… Et, dans ces états-là, je découvre la justesse… Par exemple, c’est ainsi que j’ai réussi à faire la première fois Bakasana, qui s’est imposé à moi, alors qu’en atelier, je n’y arrivais pas, par peur de me blesser, de tomber la tête la première. Et dans cet état légèrement transcendantal, je l’ai fait naturellement et j’ai compris, j’ai senti ce qu’était la posture juste et maintenant j’adore le faire… Je passe, encore une fois, par l’inconscient pour comprendre les choses et ça, cela fait partie, en tout cas de moi, comment je pratique la pair-aidance, c’est que je fais des trucs et après, seulement après je mets de la pensée dessus. Ou de la conscience ou je ne sais pas. Mais l’origine est dans le spontané.   Yann | Oui, et c’est de l’intuition, tu dirais ?   Camille | Oui, c’est de l’intuition, on pourrait dire ça comme ça. C’est de l’intuition ou plutôt un état inspiré… Je viens de traverser la plus longue période sans traitement depuis mes 16 ans. J’ai vu que quand je respirais plus en profondeur, plus lentement, quand je prenais le temps, le message était plus clair… et pour cela, tout ce qui fait appel à la créativité et la beauté m’aide beaucoup. Le sport en soi, pratiquer seul est un bon moyen de décharge. Les sports collectifs, un vrai exercice de communication non violente et d’entraide avec un objectif à la clé. Faire et être finalement, tout simplement, et pas rester dans sa tête. J’inclus l’état contemplatif dans l’être. Ne pas penser uniquement à son petit « je ». Un mental trop chargé, trop dense, c’est comme un trou noir, c’est de la matière trop condensée, c’est absorbant, douloureux… En dessin et en piano ; particulièrement, j’arrive à ralentir, à déjouer l’absorption du tout… Et si j’arrive à me focaliser, le message devient plus clair. Je pense qu’il y a tellement de choses qui m’arrivent, que cela ne vient pas uniquement de moi. Je suis inspirée par l’air du temps… et ses multiples acteurs. Quand c’est très chargé, cela donne des comportements instinctifs pas forcément compris et appréciés… Quand j’arrive à ralentir, je me détends et j’entends clairement des voix, des bruits, je sens des présences, qui viennent de mémoires anciennes, d’absents actuels, de gens qui pensent à moi, ou à qui je pense…. Quand je suis dans un état de « petit ‘je’ » je n’arrive pas à écouter et puis aussi également quand j’agis essentiellement avec le mental, je perds une partie de cette conscience collective… Tu vois ce que je veux dire ? Parce que c’est trop dense. Cependant, si j’arrive à me concentrer un tout petit peu moins sur le total de l’information, là, j’entends clairement un message, je vois des choses…   Yann | Ouais. Et comment tu fais ? Parce que ce n’est pas toujours facile, justement, quand… Moi, dans mon expérience, je ne trouve pas ça toujours facile quand une personne est justement très prise dans ses pensées. Comment fais-tu pour partager ce type de messages ; de dire que ça vaut la peine de ralentir …   Camille | Ce qui me vient à l’esprit, c’est une expérience de ce matin. Une nana avec qui j’ai bien rigolé hier, en toute complicité galérienne. Elle a un problème qui ne s’évacue pas. Ça fait quelques jours, c’est pour ça qu’elle est là. Et justement, ce matin, les infirmières étaient en retard pour la tournée des médicaments, moi j’attends toujours la dernière minute pour ne pas trop faire la queue tout le temps. Et je la vois arriver, elle n’avait pas bien dormi et tout. On était à 7h30 là-bas, donc je dis bah viens, j’avais un disque de Pink Martini. Il y a une salle d’activité où je vais souvent, qui est un peu libre, que personne ne trouve utile, c’est là où je fais mon yoga, etc. Elle vient avec moi et déjà elle était trop contente parce que c’est justement la musique qu’elle aime, qu’elle a envie d’écouter. Je ne me pose plus de questions sur ces coïncidences, je dis bon, c’est comme ça, ça arrive, c’est cool. On devait être ensemble à ce moment-là, tant mieux. Cela m’aide plutôt à être dans l’écoute de la situation qui devient alors particulière… une expérience forte de vie… Après avoir mis la musique en route, je lui ai proposé de faire un peu d’exercices de respiration ventrale pour l’aider. Une respiration qui doit justement être la plus calme possible, qu’on n’entend pas, en quatre temps. Un temps pour inspirer, on bloque, on expire, on bloque, et on recommence jusqu’à ce que cela devienne automatiquement lent et profond… plus le rythme est lent, plus il est profond et plus c’est silencieux. Plus on est dans la sérénité et l’ancrage. Et donc, nous avons fait cela ensemble. Elle était un peu bloquée parce que vraiment très, très, très stressée… Donc, elle m’a dit qu’elle n’y arrivait pas… Elle voulait que je la guide comme un « chef ». Je ne suis pas à l’aise avec l’autorité. Mais bon, je l’ai fait puisqu’elle me le demandait… sic… après… elle n’était pas vraiment disposée pour faire les mouvements que je pouvais lui proposer, je l’ai fait s’allonger et je l’ai mise de côté comme en position de secours et avec la musique, et la respiration profonde, ça l’a débloqué elle s’est sentie beaucoup mieux et j’ai senti là où il fallait aller pour la soulager. Il s’avère que cette fille justement est quelqu’un qui a fait quatre ans d’études en ostéopathie mais n’a pas pu aller jusqu’à pratiquer ce métier. Cela ne m’a pas étonnée, je sentais qu’elle venait de là et que j’allais travailler cela avec elle … j’ai cette empathie-là … je me rends compte de plus en plus consciemment que c’est comme ça que je travaille. Et cela passe parfois par les mains, si c’est quelqu’un qui est dans ce besoin d’être touché. Hier, justement, je l’ai un peu prise dans les bras. Un « free hug ». Elle m’a vite dit « Mais tu sais que ça, c’est un truc qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui font et je ne supporte pas, mais avec toi, ça va. ». Bien alignée, j’arrive à avoir la bonne distance et proximité, dans le contact. Pour résumer, la réponse à ta question, la pair-aidance serait de trouver le point d’accord, où on se rejoint, sur lequel on peut dénouer des nœuds ensemble. Moi, ça m’a aidée, parce que ça m’a ancrée dans une certaine légitimité par le jeu et par quelque chose qui… n’a pas vraiment de conséquences pour moi et elle, ça l’a soulagée, ça l’a aidée directement. Yann | Oui, c’est une question un petit peu périphérique, mais il y a une question que je me pose souvent parce que moi j’ai observé, tu as parlé des livres par exemple ou de ces rencontres-là qui sont très importantes et en fait, je pense à une personne en particulier que je connais depuis… très longtemps, plus de 10 ans au sein du REV1. Ces personnes où… qui réfléchissent énormément, comme tu décrivais, mais pour qui, justement, ils peuvent te réciter Freud quasiment, et ça ne les aide pas du tout. C’est comme s’il y avait un processus de pensée mais il n’y a pas cette « rencontre » qui fait que, alliée à la pensée, il y a un truc qui vient se poser…   Camille | …Je ne suis pas comme ça. D’ailleurs, je n’ai jamais lu Freud, pour info. Juré… Pour Jung, j’ai très envie de le lire… mais je n’ai pas encore commencé, pas un seul bouquin de lui. J’ai décidé de lire d’abord une de ses biographies. Je préfère faire dans ce sens-là depuis mon enfance, grâce à mon père. Il peint. Ce n’est pas son métier, mais il a un très bon coup de crayon, il n’en fait plus maintenant, mais il a fait de la peinture à l’huile pendant un certain temps. Le dessin, ça vient de mon père. C’est venu cette année. Avant, je dessinais, mais pas avec cet élan. Cela s’est révélé cette année en Nouvelle-Zélande, en mars… En fait, mon père est un technicien de génie, et ma sœur, pareil. Elle a fait une école de dessin. Elle est plutôt comme ce que tu décris. Très érudite. Spéciale. Elle a appris le langage elfique. A quatorze ans, elle écrivait en elfique parce qu’elle était fan de Tolkien… Moi, je ne suis pas comme ça. Plutôt le contraire. Un penchant pour la procrastination…qui me pousse à agir dans l’urgence. Je me rappelle très bien mon père. Il est fan de Salvador Dali. Il a consacré beaucoup de temps et de minutie à construire un tableau où il y a plein de morceaux de différentes œuvres de Dali. Et moi, j’aimais beaucoup le regarder peindre quand j’étais petite, sur ce grand morceau de bois où il faisait des petits détails de certains tableaux de Dali qu’il assemblait. Il n’a pas encore fini. Et je me suis dit, moi, j’aime beaucoup la peinture, mais pas comme mon père, à recopier, à être dans la technique. Et du coup pendant des années en tout cas en peinture, je n’ai jamais voulu apprendre de techniques. L’extrême inverse, trop, tu vois, dans le mouvement opposé… un moment… j’ai décidé de prendre quand même des cours aux Beaux-Arts en amateur, il y a quelques années quand j’habitais en région parisienne, juste quelques heures par semaine, pour apprendre à concevoir des œuvres en peinture et aussi pour des techniques de dessin à partir de modèles. Au premier cours, la prof de peinture nous demande les raisons de notre inscription. J’ai déclaré que je cherchais à peindre les émotions ; de manière abstraite ou non mais voilà. Donc j’ai toujours été attirée plus par les ressentis, mais il s’avère que j’ai plutôt des facilités intellectuelles. Et puis avec mes crises de parano qui ont commencé tôt, les cours d’histoire racontaient ma vie. A ce moment, c’était très compliqué. J’ai eu un blocage, je ne lisais plus. Alors qu’avant je dévorais des bouquins. Que des romans. Et très longtemps, je n’ai plus lu parce que je n’y arrivais pas. C’était trop dur pour moi de lire. Yann | … Ça m’intéresse personnellement. Tu ne pouvais plus lire de romans, c’est ça ?   Camille | Je n’y arrivais plus. Oui, c’est ça. Je lisais des trucs techniques. C’était plus simple pour moi.   Yann | Oui, c’est bizarre. Moi, ça fait… Je ne peux plus lire de romans depuis… vingt ans quasiment. D’accord. Et tu as re-pu ?   Camille | Oui, j’ai re-pu. J’ai bien bouffé cette semaine, j’en ai mangé deux !… Et en plus, avec des superbes lunettes loupes ! Ça, c’est une trouvaille extra… les lunettes. Par hasard, elles m’ont sauté dessus à l’aéroport. Littéralement elles sont sorties de leur étui. Des choses que maintenant, je m’en fous, je prends. Ce n’est pas grave, c’est comme ça. J’étais à l’aéroport et… J’ai eu beaucoup de mal à partir de l’aéroport et je vois un étal de lunettes, que je fais tourner pour en choisir une paire, pour me masquer, pour ne pas qu’on me reconnaisse, parce que, sinon j’allais me faire kidnapper… Et des lunettes ont sauté de leur étui. Des loupes niveau 4 et du coup j’arrive très bien à lire sans m’endormir au bout de la troisième page. Parce qu’il y a ça aussi, c’est que j’avais besoin d’un peu d’aide. À cause de certains traitements qui dilatent les pupilles et me provoquent une fatigue oculaire.   Yann | D’accord… Donc si j’ai bien compris, parce que tu parlais justement de lire par exemple sur la vie de Jung, plutôt, ou en tout cas avant, que ses théories ou c’est…   Camille | C’est ça, oui. Je pense que c’est hyper important, notamment pour ce genre de personnage qui s’est inspiré de sa vie pour construire son œuvre.   Yann | Voilà. Et puis c’est peut-être ça qui fait qu’il y a plus une « rencontre » qui peut se produire ? C’est pareil quand tu disais Beauvoir, tu parlais de biographie en fait ?   Camille | Oui. C’est vrai que j’ai toujours été attirée par les romans initiatiques… Herman Hesse, j’aimais beaucoup… Donc oui, c’est vrai …et aussi Kessel. Le Tour du Malheur, j’ai dû le lire, les quatre tomes, j’ai dû le lire, je ne sais pas, quatre, cinq fois. J’aimais beaucoup ce roman qui est d’une joyeuseté impeccable, n’est-ce pas ? Le Tour du Malheur, tout est dit dans le titre. Et ça me fascinait, cette histoire, elle m’a fascinée quand j’étais au lycée. Il y a un livre qui m’a fait pleurer, je ne pleure pas souvent, c’est Le lion de Kessel. J’étais enfant. Quand il meurt, je pleurai à chaudes larmes. Je me rappelle avoir pleuré vraiment fort.. Les images étaient nettes. J’étais petite, mais c’est ce que j’ai beaucoup aimé. Certainement.   Yann | Moi, ça m’est arrivé. Je peux être assez facilement ému au cinéma. Je me souviens, je ne sais pas si tu avais vu le film de Jean-Jacques Annaud, Le Dernier Loup ?   Camille Non, je ne l’ai pas vu…   Yann | En fait, j’étais dans la rue. Je pleurais. J’ai quelqu’un qui me dit, « mais ça va ? ». Je dis, « Ben oui, ça m’a bouleversé ce film… » …, parce que tu parles de paranoïa au lycée, c’est ça ?   Camille | Oui. C’est comme si on se rendait un peu étranger.   Yann Et comment tu… Enfin, toi qui parles… Parce que tu sais, au final, je pense qu’on ne peut pas faire grand-chose d’autre que partager un peu sa vie avec les personnes. Toujours où ça clique pour la personne. En fait, par exemple, là, je suis en lien avec un monsieur dans le sud de la France, donc il est juste au téléphone. Et je me demande ce que je pourrais faire de plus juste ? Qu’est-ce que tu aurais à dire là-dessus par rapport au processus de paranoïa qui reste quand même un énorme challenge ? Parce qu’on ne peut pas juste contredire la personne, ça n’a aucun sens.   Camille | Non, ça n’a aucun sens. Je ne me permets pas de contredire la personne, mais j’essaie de l’encourager, justement…à trouver la solution la plus apaisante dans tous ses chemins qui viennent à elle. Et avec humour… ça, c’est un prochain pas pour moi… je voudrais me former clown. Parce qu’on peut effectivement se raconter des histoires, avoir des croyances. Mais si on le prend avec humour, ce n’est pas contredire la personne … ça m’aide aujourd’hui. Et cesser d’avoir peur du ridicule aussi. La paranoïa, c’est histoire de dire pourquoi ça m’arrive à moi, qu’est-ce qui se passe, tout le monde me regarde, ou alors je suis à la source d’un complot, etc… le film Jeanne D’Arc de Luc Besson m’a aidée là-dessus. Je ne sais pas si tu l’as vu, mais c’est un film qui est très important pour moi. Quand elle est en prison à la fin, où elle revisite mentalement la fois où elle a trouvé l’épée dans l’herbe qui l’a conduite à la mission de sa vie. Cela fait très longtemps que je ne l’ai pas vu, mais ça, ça m’a beaucoup aidée pour la paranoïa. Elle se fait elle-même son procès. Elle se dit, mais alors, il y avait plein d’explications à pourquoi il y avait cette épée dans l’herbe, et toi, tu as choisi celle-là. C’était l’illumination et que tu devais faire ce combat au nom du Christ. Mais ça aurait pu être très bien autre chose… dans le film, Luc Besson fait quelques prises, un chevalier qui la jette, un combat… Il y a de nombreuses autres explications de pourquoi il y avait cette épée à ce moment-là à cette place et qu’elle l’ait prise, et a fait ce qu’elle a fait, parce qu’elle avait envie de le faire, ou qu’elle était programmée pour faire ça. Il y avait plein d’autres explications plausibles tout à fait possibles, elle choisit celle-là.   Yann | Pour expliquer, si je comprends bien… juste pour être sûr l’idée c’était de te montrer que c’est toi qui choisissais une hypothèse, c’est ça ?   Camille | Oui. Et puis aussi, quand je suis face à une situation trop compliquée, avec des enjeux tellement énormes que je veux comprendre, j’ai envie de comprendre, je m’embrouille les pinceaux.… j’ai le droit de me tromper en fait. Et c’est même ça qui rend tout un chacun humain, l’erreur… Si j’arrive aussi à être dans l’instant, parce que souvent, cette histoire de paranoïa, ce sont des histoires de mission ou de danger qui ne sont pas ici et maintenant. Je suis dans un processus d’hypervigilance, de projection, ou de choses comme ça. Il y a un danger qui me court après, mais qui n’y est pas encore. Et donc si je me concentre, toujours pareil, sur l’instant présent, et si possible avec humour, ça peut faire baisser la pression. Enfin il y a aussi le processus de vérification, ça c’est Vincent qui me l’a montré, tout simplement appeler ou vérifier la croyance. Et je l’ai fait il n’y a pas longtemps, j’ai vérifié. Bon, ça a été accueilli un peu bizarre, mais cela m’a rassurée.   Yann | OK. Comment tu aimerais conclure cet entretien ? Cela m’intéresserait d’entendre comment toi, tu… Dans quoi tu aimerais envelopper ces réflexions-là ? Tu vois, ce serait quoi la conclusion ?   Camille | Tout le long de cet interview, j’ai expliqué différentes choses que moi, je vis… Tout le monde ne vit pas ça et tous ceux que je rencontre n’ont pas ces mêmes expériences-là. Je travaille aujourd’hui dans l’institution… et ils y enferment des gens pour des raisons inexplicables souvent… c’est pas que ça les soigne, c’est que ce sont les plus vulnérables. Et certaines pratiques non humaines les rendent encore plus vulnérables. Et si on ne vient pas dans ces endroits-là, en fait, pour moi, c’est un manque de chance pour de nombreuses personnes, parce que ceux qui arrivent à trouver des chemins un peu alternatifs, ou quelqu’un qui va aller vers des chemins un peu plus légers, ça sera moins stigmatisant pour eux, moins souffrant et surtout plus libre. Si je pratique la pair-aidance institutionnelle, c’est pour essayer d’encourager les gens à retrouver leur humanité, soignant et patient, et qui ne sont pas juste souffrance, symptôme, contrôleur de l’ordre social, régulateur d’humeur, système de réassurance etc.… essayer que chacun agisse en tant que personne, et que les expériences, elles sont là, et que c’est juste des expériences. Si on les voit comme cela, on peut aller au-delà de certaines souffrances et on peut plus facilement passer à autre chose. Souvent je disais que c’était- comme une mauvaise grippe, ces moments-là, c’est que ça peut passer, ça va passer, et on va passer à autre chose, et même on peut s’en sortir plus grand.   Yann | Dans le yoga il y a énormément à dire que la vie c’est une expérience et que si on vit comme ça on se libère de beaucoup de souffrance …est-ce que c’est un peu du même ordre en tout cas ?   Camille | Oui, c’est ça… Et puis en plus, je crois, mais ça pique toujours, qu’il n’y a pas qu’une seule vie. Enfin, je veux dire, on revient, un certain nombre de fois, on revient, une autre fois, je suis toujours penchée sur cette croyance-là. Et ça c’est malgré moi. Je m’appelle Camille, mes parents m’ont appelée Camille comme Camille Claudel… tu vas tout savoir. Ça s’est fait très vite et sur le tard, le choix de mon prénom. Jusqu’à ma naissance, mes parents s’attendaient à avoir un petit mec et c’est moi qui suis arrivée. Et donc un peu dans la précipitation ils m’ont appelée Camille comme Camille Claudel…   Yann | Euh… Camille | Oui, c’est ça. Yann | Et j’ai une question. Enfin, tu n’es pas obligée de me répondre, bien sûr, si ça te plaît. Mais est-ce que tu m’as dit que tu étais hospitalisée sous contrainte ? Et je me demande… Enfin, c’est-à-dire que… C’est-à-dire, comment ça se fait ?   Camille | Je vais t’expliquer très vite comment ça s’est fait. C’est simple. J’étais en mode parano quand je suis arrivée aux urgences. Il fallait que je sois internée. C’était obligé. Ça allait sauver des vies. J’en ai fait des caisses. Je suis arrivée aux urgences très calme jusque-là. Et là, j’ai… J’ai hurlé, j’ai pleuré, j’ai rigolé, je me suis mise dans tous les états possibles à partir du moment où j’ai entendu là, une voix qui m’a dit «  Allez, Actors Studio , c’est le moment, Actors Studio ! » Et j’ai tout donné. Donc j’ai tout eu !   Yann | Sauver des vies ?   Camille | Bon bah, par amour, si tu veux. En fait, mes enfants étaient enlevés ou allaient se faire enlever. Ils pouvaient se faire enlever. Mon frère était déjà enlevé. Il y avait des questions de rançon, de vie, de mort. C’était très, très sérieux. D’ailleurs, je suis arrivée, j’étais en mode Yakuza, j’étais toute en noir, avec la casquette noire mais c’était pour me tirer après, au bon moment, pour ensuite aller sauver tout le monde. La mission !! Cependant, d’abord, je devais me faire enfermer, je disais même à mon mari : « Mais t’es sûr que c’est toi qui veux reprendre la voiture ? Parce que moi, j’ai de l’entraînement, moi je peux le faire, mais toi tu es fatigué. Tu ne veux pas te faire enfermer à ma place, viens, on va changer le nom sur la feuille » …   Yann | Et maintenant, a posteriori, qu’est-ce que tu pensais de ça en fait ? Qu’est-ce qui faisait que tu pensais qu’il y avait un danger pour tes enfants, ton frère ?   Camille | Mon frère, je ne sais pas trop. Je sais juste qu’il a des difficultés au travail. C’est lui que j’ai appelé quand j’étais à l’aéroport pour m’aider à me prendre un billet d’avion. Je n’arrivais pas à prendre le billet d’avion… j’avais une peur, c’était que mes enfants soient mourants. Mes enfants n’étaient pas mourants, mais ils me manquaient terriblement….   Yann | D’accord. Bon. Ça te va si on s’arrête là pour l’instant ?   Camille | Oui, complètement. Qu’est-ce que t’en penses à première vue ?   Yann | De l’échange là, moi je trouve ça super intéressant.   Camille | Moi j’ai bien aimé aussi. Déjà ça.   Yann | C’est ça, déjà, en tant que tel. On n’a jamais eu beaucoup d’échanges. Non ?   Camille | C’est l’occasion. Donc, tout arrive.   Yann | Voilà. Merci Camille. À très bientôt pour la suite.   Camille | Oui, ça marche. Allez, bye bye.   Camille & Yann, Décembre 2024 Présentation des auteurs De par les aléas de la vie, après avoir débuté une école d’ingénieur en agriculture en 2001, et une migration vers un master recherche en Ecologie, Ecologie microbienne et Evolution obtenu en 2007 sans conclure par une thèse, Camille Henry se forme à la pair-aidance en 2018-2019 via la licence SSS option MSP2 de Paris XIII à Bobigny et travaille depuis pour le CHU du Vinatier (Bron) comme médiatrice de santé paire et ingénieure hospitalier. Depuis 2022 elle occupe ses fonctions en équipe mobile de crise pour le secteur du 3e, 6e et 8e arrondissement lyonnais et a également des missions transversales d’enseignement, de coordination, d’ingénierie et de recherche. Ses temps autant de travail que libres et personnels sont précieux, si elle les pratique seule ou avec des gens qu’elle aime… la nature, l’art et l’engagement sont essentiels dans sa vie. Formée au Dialogue Intérieur, la collaboration avec Patrick le Cardinal depuis 2022 et Vincent Demassiet en 2023 sur le projet EDEN3 l’ont rapprochée de l’AFDI4 et du REV, associations dont elle est membre depuis deux ans. Après des études vétérinaires et une thèse en neurosciences, Yann Derobert commence à explorer le champ de l’éducation populaire en sciences en 2003, avant de reprendre des études en psychologie. Choqué par ce qu’il découvre en psychiatrie et cherchant des alternatives, il rencontre le mouvement international sur l’entente de voix en 2009 aux Pays-Bas et revient en France déterminé à y créer le premier groupe d’entendeurs de voix (2010) puis le Réseau français sur l’entente de voix (REV France, 2011) dont il coordonne les activités de formation et de congrès. Il crée son organisme de formation « Vivre ma vie » en 2012 et anime depuis régulièrement des ateliers, groupes et formations sur la santé mentale et la santé avec une approche holistique et dans une perspective d’autonomie et d’émancipation. En 2023, il crée avec une amie anthropologue, Alizé Lacoste-Jeanson, la maison d’édition « Failles » dans le but de rendre accessible au public francophone des ouvrages innovants en santé mentale. Il est également passionné de yoga. 1 REV France : Réseau français sur l’entente de voix. Le Réseau français sur l’entente de voix (REV France) s’inscrit dans le Mouvement international sur l’entente de voix qui est représenté par une vingtaine de réseaux nationaux de par le monde. Notre objectif est de promouvoir une approche des voix et des autres perceptions, expériences ou vécus inhabituels, respectueuse des personnes et de leur expertise. Réseau français sur l’entente de voix (revfrance.org) 2 Licence Sciences Sanitaires et Sociales, option Médiateur de Santé Pair. formations.leps.univ-paris13.fr/formation/2/licence-sciences-sanitaires-et-sociales-sss-parcours-mediateurs-de-sante-pairs 3 Ecoute et Dialogue avec les ENtendeurs de Voix . 2/4 : Un voyage d’étude en Océanie à la rencontre des approches de l’entente de voix en psychiatrie – Centre ressource réhabilitation (centre-ressource-rehabilitation.org) 4 L’Association Francophone du Dialogue Intérieur – bien-être et accompagnement (dialogue-interieur.fr) [...]
Rassemblement dijon 2024
Bonjour à toutes et tous, il y a quelques semaines, j’ai commencé à communiquer sur le rassemblement du REV France 2024 qui s’est tenu à Dijon. Et bien voilà, c’est fait, il y a tout justeune semaine, nous abordions la clôture de ces 2 journées.Comme chaque année, ce fut une réussite comme le REV France sait en générer, car c’estindépendant du lieu, indépendant de l’organisateur. Ce sont 70 personnes qui se sont réunies, despersonnes concernées directement par le thème du rassemblement, des familles et très, très, trèspeu de professionnels …il y en avait quand même quelques-uns, habitués ou non, qui sontrepartis, ravis, bousculés avec de nombreuses questions quant à leurs pratiques « habituelles »!Il y eut de nombreux (une 15aine au total) et riches ateliers chaque jour dans lequel chacunpouvait s’exprimer, partager, témoigner…(ou ne rien dire) sans la crainte du jugement d’autrui.Alors, qu’est-ce qui me permet d’affirmer que ce fut une réussite?Non non, il n’y a pas eu de questionnaire de satisfaction!! J’appuie mon évaluation sur les retoursspontanés des participants, et surtout, surtout…sur les sourires que j’ai vu illuminer les visages detous en dépit des moments d’émotions intenses suscités par des témoignages, sans fard,simplement des récits d’expériences…humaines. D’ailleurs, c’est le seul endroit que je connaisseoù celui qui prend la parole est enfin certain d’être écouté (« Ecouter l’autre, c’est le faire exister »Charles Juliet).Nous avons assisté à une pièce de théâtre, tout en subtilité, en émotions, écrite, mise en scène etinterprétée par deux des participant.e.s, et puis il y a eu la soirée festive; buffet savoureux (assurépar la belle équipe de« l’ Association Mères et Saveurs ») musique soutenue par les 3 joyeux drilles du groupe « Elixir »,danse, rires, sourires…encore…Pour l’heure, nous ne savons pas où se déroulera l’édition 2025 (nous avons déjà quelques pistes� � ), mais nous sommes certains que ce sera une réussite…encore!Alors, si vous suiviez l’actualité du REV France? Pour savoir comment vous inscrire surhttps://test.revfrance.org/ …Merci à tous ceux qui rendent cela possible!!!! Jean-Pierre Fréling [...]
Accueillir toutes les expériences humaines, la formation professionnalisante selon le REV
Née de l’expérience du REV France et fondée sur les orientations de Marius Romme et Sandra Escher, la formation professionnalisante « Accueillir toutes les expériences humaines » est désormais proposée par l’organisme de formation « Vivre ma vie » et se déroule sur 2 années. Elle permet aux personnes qui souhaitent orienter ou créer leur pratique d’accompagnement dans une perspective d’émancipation et de libération – hors toute référence à une psychopathologie d’acquérir de solides bases pour le faire et d’être soutenues et encouragées pour le faire. Intéressé.e ? Cliquez ici pour retrouver le programme détaillé et les coordonnées de Yann et Alexia pour échanger à ce sujet. [...]
Le REV soutient « Failles », les éditions qui ouvrent des perspectives par-delà la psychiatrie et la santé mentale…
A travers leur maison d’édition « Failles », Alizé Lacoste-Jeanson et Yann Derobert, s’engagent dans la publication et la diffusion d’ouvrages originaux en français pour stimuler les envies et renouveler les idées par-delà la psychiatrie et la santé mentale… Cliquer ici pour découvrir et soutenir les éditions « Failles » [...]
Le témoignage d’Isabelle H.
« Lorsque tu es enfant, si une personne se glisse dans ta chambre et te fait subir l’inacceptable, tu ne peux te défendre, tu ne peux réagir et tu endosses le rôle de la victime. Puis tu grandis en endossant ce rôle sans même le savoir sans le comprendre, sans en avoir conscience. C’est ainsi. Et c’est Pas ta faute à toi. Tu n’as pas le choix à ce moment là car cette personne a un pouvoir sur toi. C’est tout ton être qui prend le pas.  Face à une situation, une émotion, ton corps endosse le rôle de la victime. Il est heurté, traumatisé. Ton corps hurle et se défend quelque part mais cette expérience s’impose à toi, et tu n’as pas la force, tu n’as pas le choix. Puis tu grandis. Aujourd’hui tu es grande, si un homme se présente à toi, et veut quelque chose de toi, tu peux dire non. La rencontre crée une sensation une émotion et si elle ne te convient pas tu peux dire non. Même si ça fait peur tu peux dire non. Et tu dis non, et la lutte qui devait rester sous silence en toi avant, parce que pas le choix, la part de toi qui disait non mais qui n’avait pas le pouvoir d’agir prend enfin sa place. Et tu réintègres ton pouvoir. Alors l’émotion a le droit d’exister. Le non a le droit de s’exprimer. La personne à l’extérieur de toi n’a plus le pouvoir qu’elle avait sur toi, ton pouvoir te revient à toi. Et c’est pareil avec les voix. Le problème n’est pas d’entendre les voix, on est pas bizarre ou étrange pour ça, c’est de décider de quel pouvoir elles ont sur toi. Le problème n’est pas d’avoir des émotions même si dans cette société c’est mieux perçu si on tu ne montres pas,  mais de décider de comment tu les accueilles comment tu les exprimes quelle place tu leur donnes. Ça c’est un choix qui te revient à toi. Si quelqu’un à l’extérieur de toi te dit donne-moi ton corps, je veux jouer avec, et que tu ne veux pas tu as le droit. C’est t’affirmer, c’est avoir confiance en toi, c’est reprendre ton droit, c’est aussi dépasser la peur. C’est être toi, et tu en as le droit, et on t’aimera comme ça ! Et pas forcément les personnes que tu crois. » [...]
Nouvelle édition du Guide de Paul Baker (2022)
« Pour les personnes qui entendent des voix et qui ont des difficultés avec leurs voix, il existe peu de ressources en français qui ne découlent pas d’une représentation médicale du phénomène. Nombre de ces personnes ont reçu un diagnostic de trouble psychotique et leurs expériences sont alors catégorisées d’hallucinations. Pourtant, la plupart des personnes qui entendent des voix vivent leur vie malgré les voix… et même – pour certaines d’entre elles – en harmonie avec les voix. Il n’y a pas de fatalité à devenir ni à rester patient psychiatrique par ce que l’on entend des voix et ce, même lorsque ces voix sont caractérisées comme difficiles. Ce livre de Paul Baker constitue une ressource inestimable, et accessible, pour les entendeuses et entendeurs de voix, mais aussi leurs proches et ami.e.s, ainsi que les professionnel.le.s de la santé mentale : toutes les personnes qui s’intéressent à l’expérience d’entente de voix et souhaitent faire évoluer leurs représentations et leur relation aux voix, afin de reprendre le pouvoir sur leur vie, au-delà des limites imposées par une vision pathologique des expériences humaines dites « psychotiques ». Plus de dix années après la première édition en français de ce livre, ses lectrices et lecteurs soulignent régulièrement ses qualités : l’ouverture sur une multiplicité de points de vue sur les voix, les idées concrètes et pratiques que chacun.e peut s’approprier pour faire évoluer sa relation aux voix, et surtout les perspectives offertes à chacun.e de mieux comprendre ses expériences afin de pouvoir enfin vivre sa vie, pas celle des voix. » (quatrième de couverture) Le livre « La voix intérieure, guide pratique à l’usage (et au sujet) des personnes qui entendent des voix » peut être commandé ici. [...]
Les nouvelles du réseau
Le REV Bretagne, le REV Nouvelle Aquitaine et OpaleRev vous proposent des rendez-vous autour de l’entente de voix et du respect des droits. Le REV Bretagne, vous propose un rendez-vous le 13 octobre, de 16h à 18h30 en salle de réunion virtuelle « Si c’est contraint c’est pas du soin…… ». A partir de témoignages, de retours d’expériences et de présentation d’alternatives, le groupe REV de Brest vous invite à la réflexion et au débat autour des soins psychiatriques sans consentement et du respect des droits.Contacter brest29@revfrance.org Le REV Nouvelle Aquitaine vous propose le respect des droits des Entendeurs/ EntendeusesUn forum de discussion en salle de réunion virtuelle le Samedi 16 octobre 2021 de 10h à 12h.Nous échangerons ensemble à propos des thématiques suivantes:– Professionnalisation des entendeurs- entendeuses– Entre peur et fascination: le respect des entendeurs- entendeuses.– Libre choix dans le parcours de santé mentale– Oppression / ContentionContacter Bordeaux33@revfrance.org pour avoir le lien de connexion zoom. Opalerev organise une exposition (de 10H à 18H) ce 14 octobre à la maison des faiseurs (café solidaire et citoyen à Groffliers (62) Présentation du réseau du REV France. Plaquettes , livres, documents pédagogiques, mini films…Présentation des concepts de pair aidance et de rétablissement, du dispositif des GEM (issu de la loi handicap psychique 2005) Pour la soirée, projection au Cinos de Berck à 20H du film ‘Nous, les intranquilles’ de Nicolas Contant suivie d’une discussion avec des membres de l’association. Le film montre aussi comment usagers et soignants peuvent réaliser un beau projet collectif. La relation peut aussi être horizontale entre soignants et usagers. Contacter admin@opalerev.fr https://opalerev.fr Ces trois initiatives se déroulent dans le cadre des semaines de la santé mentale (Sism) [...]
Guide pour dialoguer avec ses voix
Ce guide (à télécharger en cliquant ici) a été conçu par Rufus May et Elisabeth Stanholmer grâce à leur travail avec des entendeurs de voix à travers le monde dans le but de les aider à dialoguer avec leur voix de la façon la plus constructive possible et aux retours d’expériences qu’ils ont pu collecter depuis de nombreuses années. Ces deux personnes exceptionnelles sont des passionnés de l’approche holistique de l’homme qui les caractérise. Cette passion est née de leurs expériences personnelles de ne pas avoir été satisfait du traitement psychiatrique traditionnel dont ils ont bénéficié. Ils ont acquis la profonde conviction que chaque personne possède une vraie sagesse à propos de sa propre expérience, de ses besoins et de sa vie.  Rufus intervient dans les services de santé mentale depuis 19 ans et Elisabeth  est formatrice et animatrice du Danish Hearing Voices Network. Le « Guide pour dialoguer avec ses voix » a été conçue par eux pour être libre d’accès et enrichie au fils du temps par d’autres expériences. (Pour plus d’info allez sur leur site openmindedonline.com) J’espère que cette version française vous donnera envie de dialoguer encore plus avec vos voix. Patrick Le Cardinal Patrick Le Cardinal est médecin psychiatrie au Centre hospitalier de la Savoie à Chambéry et membre du REV France.   [...]
Guide pour dialoguer avec ses voix
Ce guide (à télécharger en cliquant ici) a été conçu par Rufus May et Elisabeth Stanholmer grâce à leur travail avec des entendeurs de voix à travers le monde dans le but de les aider à dialoguer avec leur voix de la façon la plus constructive possible et aux retours d’expériences qu’ils ont pu collecter depuis de nombreuses années. Ces deux personnes exceptionnelles sont des passionnés de l’approche holistique de l’homme qui les caractérise. Cette passion est née de leurs expériences personnelles de ne pas avoir été satisfait du traitement psychiatrique traditionnel dont ils ont bénéficié. Ils ont acquis la profonde conviction que chaque personne possède une vraie sagesse à propos de sa propre expérience, de ses besoins et de sa vie.  Rufus intervient dans les services de santé mentale depuis 19 ans et Elisabeth  est formatrice et animatrice du Danish Hearing Voices Network. Le « Guide pour dialoguer avec ses voix » a été conçue par eux pour être libre d’accès et enrichie au fils du temps par d’autres expériences. (Pour plus d’info allez sur leur site openmindedonline.com) J’espère que cette version française vous donnera envie de dialoguer encore plus avec vos voix. Patrick Le Cardinal Patrick Le Cardinal est médecin psychiatrie au Centre hospitalier de la Savoie à Chambéry et membre du REV France.   [...]
Stratégies entente de voix et autres sensations
http://revfrance.org/wp-content/uploads/2019/12/1-strategies-entente-de-voix-format-liv.pdf Voici, dans un livret, quelques suggestions pour faire face à l’entente de voix, aux visions et aux sensations tactiles inhabituelles. [...]
Histoires ordinaires du 20/02/2015
https://www.histoiresordinaires.fr/Vincent-Demassiet-a-dompte-ces-voix-qui-le-rendaient-fou_a1632.html Vincent Demassiet a dompté ces voix qui le rendaient fou Longtemps, Vincent Demassiet n’a rien dit de ses voix qui lui serinaient aux oreilles : « T’es qu’un bâtard, t’es nul ! » Petit à petit, avec les Entendeurs de voix, il est devenu leur maître. Il a accepté de partager son combat et de parler d’une autre psychiatrie. [...]
La nouvelle voie des «entendeurs» – 23 février 2015
Article paru dans Libération le 23-02-2015   https://www.liberation.fr/societe/2015/02/23/la-nouvelle-voie-des-entendeurs_1208464   A l’opposé des techniques psychiatriques classiques, l’unité de psychologie de Lunéville a monté un groupe de parole où entendre des voix n’est plus considéré comme une maladie mentale, mais comme un phénomène dont on peut s’accommoder.   Ce ne sont pas des fous, ce sont des rebelles. Ils se réunissent chaque semaine à l’Unité de psychologie médicale de Lunéville (Meurthe-et-Moselle). Ce jeudi d’hiver, ils sont une dizaine, soignants et soignés mêlés, assis autour de la même table ronde. Parmi eux, certains entendent des voix. Oui, comme Jeanne d’Arc. Mais aussi Charlemagne, Socrate, Beethoven, Dickens, Churchill, Freud, Sartre, Nothomb, Zidane… En fait, comme environ 10 % de la population, selon de nombreuses études. Un phénomène aussi répandu que tabou. Sauf qu’ici, on en parle. Il n’y a pas de blouse blanche, pas de maladie ni de patient. Les échanges débutent sans qu’on sache vraiment qui est qui. Et, progressivement, on s’aperçoit qu’ils sont en train de fomenter une petite révolution, qu’ils transgressent, l’air de rien, l’héritage psychiatrique, l’institution. Et tout ça avec la bénédiction du psychiatre responsable de cette structure, Erwan Le Duigou. Depuis sa création, voilà trois ans, il soutient activement le groupe qu’il souhaite «le plus autonome possible». D’ailleurs, il n’assiste jamais aux réunions, conscient que sa présence pourrait nuire aux discussions. Idéalement, les séances se dérouleraient dans un lieu extérieur, dégagé de toute connotation médicale. Peut-être que des entendeurs de voix «heureux» ou du moins qui s’en accommodent, pousseraient plus facilement la porte. «Le problème ce n’est pas d’entendre des voix, le problème c’est quand elles deviennent méchantes», lance Amandine, une infirmière.   «Elle m’ordonnait de tourner en rond, de manger, de boire» Petite dame aux cheveux gris et courts, Anne, 63 ans, a entendu des voix pendant quarante ans. Elles sont apparues après le décès brutal de son père, un «choc psychologique». Depuis qu’elle en parle, elles ne les entend plus. En fait, elle n’entend plus grand-chose sinon un sifflement permanent. Elle raconte son travail comme employée de magasin, durant dix-neuf ans. Les voix redoublaient quand Anne devait se concentrer pour faire les étiquettes de prix. L’ambiance au travail s’est dégradée. Le propriétaire de sa résidence l’a mise à la porte, convaincu qu’elle finirait par lui «refiler angoisses». Anne a été «très longtemps» hospitalisée. «Je restais seule dans mon coin avec mes voix. Les médocs, ça tue la lecture du cerveau. Alors qu’il faut parler, parler tout le temps. Vivre avec les voix c’est pas du gâteau, mais c’est une vie quand même», précise-t-elle en souriant. Chez Marie-Pierre, jeune femme coquette, cela a commencé en 1993. Les médicaments ? Inefficaces contre «ces voix sourdes qui m’aliènent, dit-elle. Je ne supportais plus cette voix de femme à peine audible qui me disait de faire n’importe quoi, de vagabonder dans les rues. Elle m’ordonnait de tourner en rond, de manger, de boire. Elle rendait les choses impossibles à vivre, surtout la nuit.» Une voix masculine aussi, qui «aboyait», «ricanait». Une voix «machinale et méchante». «On est obligé d’obéir. Parfois je protestais, mais le dialogue était incohérent pour mon entourage, ils ne comprenaient pas.» Les voix sont toujours là, mais elles se «stabilisent». «Du jour où j’en ai causé, elles ont commencé à disparaître,assure Stéphane, 47 ans, ancien toxicomane. Je serais devenu complètement fêlé si je n’avais pas pu en parler. J’essayais de les détourner, mais elles me possédaient. Les voix, elles se servent de vous, vous manipulent, vous menacent de mort. Des jours, c’était à se taper la tête contre un mur, je me disais des gros mots, je criais très fort pour avoir le dessus… J’étais épuisé.» L’équipe d’infirmiers de Lunéville a «ouvert la boîte de pandore» suite à un colloque en mai 2011 sur les pratiques innovantes en psychiatrie à Villers-les-Nancy. Ils en reviennent «bouleversés», «marqués». Yann Derobert, neuroscientifique reconverti en psychologue et fondateur, en 2010, du Réseau francais sur l’entente de voix, y exposait son approche. Elle se fonde sur les travaux, débutés à la fin des années 70, du psychiatre anglais Marius Romme. Les voix ne sont plus considérées comme un symptôme majeur de maladie mentale (le plus souvent de psychoses, au premier rang desquels la schizophrénie) mais comme un phénomène, une expérience dont on peut s’accommoder.   Le mouvement est beaucoup plus développé en Angleterre, au Danemark, au Canada, en Allemagne, en Norvège et aux Etats-Unis qu’en France. Où «les patients sont attachés à leur gentil psychiatre paternaliste avec lequel ils ne veulent pas se fâcher. Et dont la bienveillance désarmante empêche toute rébellion…», estime Yann Derobert. Chercher à faire taire les voix, souvent à grand renfort de neuroleptiques ou d’antipsychotiques, s’avère pourtant, dans la majorité des cas, légumisant et contre-productif. Les traitements ont de lourds effets secondaires : prise de poids, baisse de la libido, confusion, somnolence… Et parviennent rarement à éliminer les voix. Plus la personne lutte contre elles, plus elles s’amplifient. L’isolement et la détresse montent d’un cran. Des troubles apparaissent : paranoïa, extrême anxiété, dépression sévère, troubles obsessionnels compulsifs, insomnie, désordres alimentaires… «La parole est indispensable» Chez les «entendeurs» on apprend à faire avec les voix. La démarche est pragmatique, empathique, «c’est comme une libération», résume Yann Derobert qui «plaide pour un droit de se rétablir». «Est rétabli celui pour qui la question « suis-je malade ? » n’a plus de pertinence», explique le psychologue. L’objectif est, modestement, «d’aller mieux», d’offrir une perspective aux «patients» (il déteste ce mot). La schizophrénie n’en offre pas, ou très peu. «C’est une maladie du cerveau. Quand le diagnostic tombe, plombant, stigmatisant, on ne discute plus : consulter un psychologue est considéré comme un soutien moral accessoire. Le vrai soin est chimique et, à vie. Leur pathologie étant présentée comme incurable», déplore Yann Derobert qui reçoit autant de «mails rageurs» de confrères que d’appels à l’aide de familles d’entendeurs de voix désespérées.   «La parole est indispensable puisque dans la majorité des cas, les voix trouvent leur origine dans un vécu traumatique. Les entendeurs ont subi un traumatisme aigu, un abus sexuel, une situation de harcèlement…» Ne pas vouloir entendre ce que les voix ont à dire, «c’est dénier l’abus, et donc le répéter, entretenir le secret et le silence», dénonce Yann Derobert. «Pendant le colloque, on a pensé à beaucoup de patients que nous suivons depuis des années et qui, malgré la psychothérapie, l’accompagnement, les médicaments, étaient en souffrance extrême. Nous étions impuissants, coincés dans une impasse», se souvient Damien, infirmier. L’équipe contacte Yann Derobert pour monter un groupe de parole. «Il nous a répondu qu’il ne formait pas des soignants, mais un groupe. Nous devions trouver des entendeurs pour faire avec eux et pas à leur place.» Ils songent à renoncer : «Comment allait-on expliquer ça à l’administration de l’hôpital et à nos patients ?» Finalement, ils se lancent, montrent des brochures, essuient quelques railleries, mais parviennent à rassembler six «patients» volontaires pour deux journées de formation à un mois d’intervalle. «Tous ensemble, sept heures d’affilée dans la même pièce, ce n’était jamais arrivé», raconte Christine, infirmière. Théorie le matin, ateliers et jeux de rôle l’après-midi. A les écouter, l’essentiel s’est joué pendant les temps morts. D’autres liens se sont tissés, teintés d’amitié. Ils se sont comme défaits de la verticalité du rapport soignant-soigné. «On s’est dit qu’on était à côté de la plaque depuis des années, on a découvert des choses déterminantes sur des patients qu’on suivait pourtant depuis dix ou vingt ans», rapporte Christine.   «Une bonne magie dans la tête» La première étape, c’est d’écouter les voix. Et donc, franchir la ligne jaune. «C’est radicalement opposé à tout ce qu’on nous a appris !», souligne Damien, infirmier. Sa collègue, Amandine, infirmière depuis cinq ans, ajoute : «A l’école on nous met en garde : il ne faut surtout pas entrer dans le délire du patient. Dès mon premier poste, je me suis sentie mal. Les personnes exprimaient des choses, mais il ne fallait pas les laisser en parler.» Après un temps, elle finit par lâcher, devant collègues et entendeurs : «Je me sentais maltraitante.» Depuis qu’elle participe au groupe, Amandine se sent «aidante». «Je laisse l’entendeur être l’expert et désormais, lors de mes consultations, je demande à mes patients s’ils entendent des voix. Ce n’est plus tabou.» Aborder ce sujet-là sans entendre de voix c’est partir avec un sérieux handicap. S’agit-il d’un dialogue intérieur qui devient envahissant ? Ce qui caractérise l’entente de voix est «le sentiment d’étrangeté», précise Yann Derobert. La voix est perçue dans les oreilles, la tête ou à l’extérieur. C’est toujours quelque chose qui s’impose à soi, qui arrive, qui n’émane pas de la conscience. D’ailleurs, l’imagerie cérébrale a révélé que les voix activent les zones du cerveau dévolues à l’audition. Le vécu est donc bien réel, la personne entend. Qui ? Dieu, la CIA, sa propre voix, celle d’un parent, d’un ou d’une inconnue… Quand Stéphane l’ex-toxicomane était sur le point de se «foutre en l’air», une autre voix a surgi dans sa tête, rappelle-t-il lors de la séance. « Celle-là me racontait que j’étais marié avec une Américaine, Laurie.» Dans le groupe, tout le monde la connaît. «D’une certaine manière ça m’arrangeait, c’était ma femme et la voix m’en parlait tout le temps. C’était sympa, j’avais quelqu’un qui me remontait le moral, je vivais mieux, j’étais fier d’avoir une femme avec moi.» «Kiki», une infirmière, le relance : «Et tu devais la rencontrer…» «Oui, le 24 décembre 2013. Elle n’est pas venue. Quand la voix est partie, c’est comme si je m’étais fait plaquer après avoir vécu en couple pendant trois ans», dit-il. L’infirmière : «Mais un jour tu vas rencontrer quelqu’un pour de vrai.» Stéphane acquiesce, Laurie lui «a donné de l’espoir».   «Kiki», l’infirmière, exerce dans une autre unité. Si elle est là, c’est en tant qu’entendeur. Personne ne le sait en dehors du groupe. Elle a «une bonne magie dans la tête», ses voix lui «prescrivent des actes symboliques qui enchantent». «Cela peut paraître saugrenu mais ça me fait du bien.» Sur leur conseil, elle inscrit ses soucis sur un caillou et le jette dans la rivière pour qu’ils s’effacent. Une fois, un entendeur de voix s’est présenté à une séance, inconnu des institutions psy. Il n’est jamais revenu, trop effrayé par les récits des autres. La séance s’achève. Anne barre la sortie avec sa canne. «Il faudrait que les gens arrêtent d’avoir peur, la plupart des dangereux meurtriers n’entendent pas de voix.» Noémie Rousseau Envoyée spéciale à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) [...]
Avez-vous entendu une voix ? (Libération 22-01-2018)
Article paru dans Libération le 22-01-2018   Vers l’âge de 17 ans, alors qu’elle quitte une salle de cours à l’Université, Eleanor Longden entend une voix qui dit : «Elle quitte la salle.» Eleanor regarde autour d’elle : personne. D’où vient la voix ? «Je sortais d’un séminaire quand ça a commencé». Pendant les semaines qui suivent, la voix revient, racontant tout ce qu’Eleanor fait : «Elle va à la bibliothèque», «Elle va à un cours»… La voix, «étrangement amicale et rassurante» fait vite partie de son quotidien. Eleanor n’y prête pas vraiment garde. Mais elle commet l’erreur d’en parler à une amie, horrifiée, qui lui conseille de voir un médecin.   Le cercle infernal du diagnostic médical   «Le fait que les gens normaux n’entendent pas de voix, alors que moi j’en entendais, signifiait que quelque chose n’allait vraiment pas. On m’a adressée à un psychiatre, qui lui aussi a adopté une vision très négative de la voix, et a interprété par conséquent tout ce que je disais à travers le prisme d’une folie latente. C’est à ce stade que les événements ont commencé à me dépasser rapidement. Une admission à l’hôpital s’en est suivi, la première d’une longue série, le diagnostic de schizophrénie est venu ensuite, et puis, pire que tout, un sentiment toxique et torturant de désespoir.» Encouragée à voir la voix comme une ennemie, Eleanor essaye de la faire taire. La voix, par réaction, se multiplie, devient hostile, persécutrice… Deux ans plus tard, Eleanor –traitée comme malade délirante, droguée aux psychotropes et poursuivie par des voix devenues terrifiantes– essaye de se faire un trou dans la tête.   Et si les voix venaient du passé ?   Et si les voix étaient une stratégie de survie ? Ou une réaction saine à un traumatisme ancien ? Enfant, elle a vécu une agression sexuelle. Au cours des années qui suivent, Eleanor apprend à dialoguer avec ses voix plutôt qu’à se battre contre elles, réalisant «que les voix les plus hostiles et les plus agressives représentaient en fait les parties de moi qui avaient été le plus profondément blessées, et en tant que telles, c’était ces voix qui avaient besoin qu’on leur manifeste le plus de compassion.» Revenant à la psychiatrie mais cette fois en tant que chercheuse, Eleanor reprend ses études. Dix ans après l’apparition de la voix, elle obtient le plus haut grade en psychologie que l’Université ait jamais donné. «En fait, l’une des voix m’a réellement dicté les réponses pendant l’examen, ce qui pourrait techniquement compter pour de la triche», dit-elle lors d’une conférence Ted, à l’issue de laquelle elle annonce faire partie d’Intervoice, l’organisation des entendeurs de voix.   Le mouvement des entendeurs de voix   «La plupart des spécialistes pensent que les voix sont dues à des facteurs génétiques et biochimiques, et ne les envisagent jamais comme des réponses pleines de sens à certains événements de la vie. Bien que moins d’1 % de la population soit diagnostiquée comme «entendant des voix», des enquêtes internationales montrent qu’une personne sur huit a déjà expérimenté une hallucination auditive au moins une fois dans sa vie.» En février 2017, John Read professeur de psychologie clinique à Londres signe un article (sur le site académique The Conversation) intitulé : «Entendre des voix, plus fréquent qu’on ne croit». Il affirme avoir lui-même entendu une voix. Le jour qui a suivi la mort d’un de ses amis dans un accident de voiture, John Read a entendu cet ami lui parler : «mon premier réflexe a été de penser que je devenais fou. Et puis, je me suis rendu compte qu’il était simplement venu me dire au revoir, et que le fait que ce soit le fruit de mon imagination avait peu d’importance.»   Que disent vos voix ?   D’après John Read, le cas le plus courant d’hallucination auditive suit d’ailleurs la mort d’un être proche : «la plupart des personnes âgées de plus de 60 ans qui perdent leur partenaire de vie l’entendent peu de temps après sa disparition. Les voix négatives, quant à elles, sont souvent associées à des événements difficiles. Quatre études menées sur des adultes soignés pour une maladie mentale ont prouvé qu’au moins la moitié des voix qu’entendent les personnes qui ont été maltraitées ou abusées sexuellement sont en lien avec leur agression.» Au regard de ces données, il serait peut-être temps d’interpréter les voix non pas comme les symptômes de la schizophrénie, mais comme des messagers. Reste à décrypter leur message. Que disent les voix ? Et sur quel ton ? Leur prêter une oreille, c’est déjà s’accorder à soi-même le droit d’exister. [...]
Podcast
Des voix, le REV Déjà quinze ans que le REV fait partie du paysage de la santé mentale en France… mais toujours aussi frais et radicalement neuf ! Régulièrement simplifié en « réseau des entendeurs de voix », parfois caricaturé comme « antipsychiatrique », très souvent connu tout en étant méconnu, comment lui permettre de se laisser découvrir ? C’est l’aventure dans laquelle nous nous engageons avec ce podcast où se reflètent la pluralité de ses facettes et sa créativité toujours en mouvement ! Car le REV n’existe que par les personnes qui s’y rencontrent : leur diversité font sa richesse. Bienvenue dans notre podcast Des voix le REV ! Dévoile le REV Le REV a le vent en poupe ! L’univers du REV France acte 2 dévoilé à travers des interviews riches de sens, des témoignages authentiques / intimistes, des échanges ouverts et inspirants qui invitent à une pensée libre, originale, singulière sur la perception des phénomènes sensoriels inhabituels et non partagés. Entendre des voix, percevoir des goûts, des parfums, ressentir des sensations corporelles, avoir des pensées intrusives etc. autant d’expériences qui façonnent notre rapport à soi et au monde. Des voix le REV à l’image du REV France se définit par sa liberté de penser, de douter et de remettre en question le statut quo pour accueillir et accompagner toutes les expériences humaines. Conception et réalisation : Yann Derobert et Vanessa Evrard. Cliquer ici pour écouter le premier épisode : « C’est quoi le REV pour toi ? » [...]
Un Forum du REV France en date du 10 décembre 2022, dans le cadre de notre série « Aux sources de la pensée psychiatrique », l’enquête participative dont vous êtes l’héroïne… Cliquer ici pour lire le fichier audio [...]
Un documentaire de Leila Djtili sur le REV et l’un de ses membres, Vincent, diffusé sur France Culture le 9 mars 2015, [à retrouver sur le site de la radio    Ecouter ici le documentaire sur radio france. [...]
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/vincent-entendeur-de-voix-8420737Voici un podcast de Vincent Demassiet, qui nous témoigne son expérience avec les voix. Son histoire est incroyablement poignante, montrant une résilience formidable. « J’ai eu le silence, non pas quand les voix l’ont décidé, mais quand moi je l’avais exigé aux voix » Son combat avec les voix, qui passe d’un contrôle sur lui, a une victoire, puis d’autres qui inverseront sa relation avec elles.                                                    [...]
« Depuis plus de vingt ans dans plus de vingt pays, des groupes d’entendeurs de voix apportent un appui aux personnes qui ont un diagnostic de maladie mentale sous un autre angle que celui des symptômes. Au Québec, cette approche allie la richesse du groupe d’entendeurs de voix à une intervention personnalisée et individualisée. Chacun peut ainsi améliorer sa qualité de vie et vivre son rétablissement en réalisant ses rêves à l’intérieur des différentes sphères de sa vie : hébergement, vie sociale, travail, études, loisirs, spiritualité, etc. Une approche qui amène la personne à reprendre du pouvoir sur ses voix et sa vie afin de s’accomplir et s’épanouir ! Comment cela fonctionne concrètement ? Peut-on s’en inspirer en France ? Venez en discuter avec Brigitte Soucy et Pierre Thivierge du Pavois, association qui a une expérience pilote en la matière ! Rendez-vous lundi 24 juin 2013 à 18h, Université Paris 8, Bâtiment D, Amphi D 001. Métro ligne 13, arrêt Saint-Denis Université. Écouter la conférence ici [...]
Derniers Médias
21 février 2026Des voix dans la tête [...]
17 février 2026
25 mars 2020Mette, infirmière de formation, a 45 ans. Diagnostic: schizophrénie paranoïde. Après avoir été patiente psychiatrique pendant 15 ans, reçu des quantités considérables de médicaments et subi 150 électrochocs, Mette  s’en est finalement sortie. Ce film retrace sa vie sur quatre années. Un documentaire chaleureux et stimulant sur l’espoir et la reprise en main de sa vie. https://vimeo.com/276823025 [...]
24 décembre 2019https://www.arte.tv/fr/videos/080534-000-A/arguments/   Arguments : Film sur l’entente de voix (en replay gratuitement sur arte jusqu’au 09/01/20)   Rencontre avec des « entendeurs de voix » réunis en communauté pour combattre la marginalisation sociale dont ils sont victimes. En leur donnant la parole, ce documentaire s’affranchit du cadre institutionnel de la psychiatrie pour proposer une exploration intime et sensible de la souffrance mentale et de ses enjeux.   De nombreuses personnes supportent au quotidien des voix intérieures hostiles, qui commentent leurs gestes et leurs pensées. Dans plusieurs pays du monde, les « entendeurs de voix » se sont regroupés en associations, refusant l’aliénation médicale et sociale qu’engendre, selon eux, l’étiquette de la schizophrénie. À travers leurs groupes de parole, ils tentent de trouver des stratégies pour lutter contre ce qu’ils considèrent comme un phénomène dont on peut s’accommoder plutôt que comme une maladie. Au Royaume-Uni, les thérapeutes Ron Coleman et Karen Taylor réunissent chez eux des personnes venues de toute l’Europe. Au fil d’ateliers d’écriture et de sessions d’enregistrements audio, elles apprennent ainsi à nouer un dialogue avec leurs voix intérieures et à exorciser la dureté de leur quotidien.   [...]

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